Stop ou encore? Une majorité des clubs pros exige une décision

Coincé par une clause concernant l’arrêt du championnat pour cas de force majeure, le CA de la Pro League joue la carte des décisions gouvernementales en matière de sport. Mais la révolte de ceux qui ont des intérêts particuliers gronde. Quitte à faire perdre 16 millions au collectif.

Seize (et peut-être même 17) clubs professionnels (D1A et D1B) viennent d’interpeller directement le Conseil d’administration de la Pro League par le biais d’une lettre ouverte. Depuis le début de la semaine, des discussions se trament en coulisses pour faire part de toute une série de revendications, notamment sur une position claire par rapport à l’arrêt ou non du championnat.

On l’a suffisamment écrit, les intérêts des uns ne rencontrent pas forcément ceux des autres. L’incertitude actuelle qui règne autour des mesures de confinement ne fait évidemment qu’augmenter les tensions entre les clubs et le rapport de force entre les deux fractions arc-boutées sur leur point de vue.

D’un côté, la frange pragmatique, emmenée par le président de la Pro League (Peter Croonen), son CEO (Pierre François) et le président de la Fédération (Mehdi Bayat). Avec le soutien du patron d’Anderlecht Marc Coucke (qui espère encore sauver sa saison au moins via la négociation d’un ticket européen même en qualité de finaliste virtuel d’une confrontation PO1-PO2), ils prônent l’urgence du contexte sanitaire et donc l’attente de précisions gouvernementale par rapport aux conséquences sur les rassemblements de masse possibles ou non à moyen terme. Derrière cette position se cachent évidemment d’autres motifs, à commencer par cette fameuse clause d’arrêt définitif de la compétition pour cas de force majeure. À l’initiative de Pierre François, elle figure en toutes lettres dans le contrat qui lie la Pro League à la société MP Silva, qui détient les droits jusqu’au 30 juin 2020. Pas question donc, pour la CA de faire une croix sur son bon droit en décrétant d’initiative, la fin des compétitions en D1 et en D1B. Cela équivaudrait à rétrocéder la dernière tranche (16 millions, selon nos informations) contractuellement prévue et d’ailleurs versée il y a peu.

Dans le camp opposé, on voit poindre d’autres intérêts. Ceux des clubs ne voulant plus continuer à entretenir un noyau professionnel pour ne jouer que de très hypothétiques Playoffs 2 (au premier rang desquels Saint-Trond, Zulte Waregem, Courtrai, Mouscron, Eupen, etc.) mais surtout ceux qui demeurent dans l’incertitude sur le plan de la licence (Ostende en tête) ou de verdicts sportifs (Waasland-Beveren en D1, le Beerschot et Louvain en D1B) qui se font évidemment attendre vu la crise du coronavirus. Face à la force d’inertie sur laquelle se repose l’argument des droits TV, tout ce petit monde joue donc l’effet de masse afin de pousser l’exécutif de la Pro League à prendre une décision. Arguments à l’appui, ils comptaient interpeller le CA lors de la réunion e vidéoconférence de mercredi. Projet reporté à la grande surprise de certains administrateurs qui, en se gardant bien de le déclarer ouvertement appuient en sous-main les revendications des mécontents. Lesquels invoquent, au gré de leurs intérêts, des motifs d’urgence sanitaire et sociétale (le sport n’est pas la préoccupation première, les grands événements ont été postposés ou annulés, etc.), les priorités économiques et humaines (impossibilité pour certains clubs de travailler sur leur mercato estival en fonction de leur avenir, chômage technique des noyaux, joueurs étrangers coincés en Belgique avec une menace de la fermeture des frontières pour un retour dans leur pays d’origine) et des arguments éthiques (verdicts calqués sur des compétitions non-abouties, huis clos pour un éventuel dernier match important, etc.).

Ce collectif aux revendications désormais publiquement affirmées, menace même la légitimité du CA de la Pro League (en fin de mandat en juin) qui avait joué mercredi, la carte de la temporisation. En effet les réfractaires en appellent, le cas échéant, à une Assemblé générale extraordinaire pour faire entendre leur point de vue. Une position que réfutera forcément le camp des pragmatiques qui accuse depuis tout un temps déjà, certains clubs de vouloir masquer leurs insuffisances au niveau de la gestion, sous le couvert d’épouser le bien commun.

Même si la thématique d’une série unique à 18 puis à 20, évoquée sous le manteau en début de semaine par certains meneurs de la fronde, n’est pas clairement énoncée dans le communiqué, la foire d’empoigne promet toutefois bien du plaisir à ceux qui seront censés pacifier un débat qui prend de l’ampleur.

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Author: LESOIR